La Commission européenne vient d'envoyer à Google ses conclusions préliminaires dans le cadre du Règlement sur les marchés numériques (DMA), exigeant qu'Android offre aux assistants IA rivaux (ChatGPT, Claude et d'autres) un accès équivalent à celui dont bénéficie Gemini. Concrètement, c'est toute l'architecture de domination de Google sur l'IA mobile qui est mise en cause, à quelques mois d'une décision contraignante attendue pour juillet 2026.Pour comprendre l'enjeu du dossier, il faut partir d'un constat technique simple mais lourd de conséquences : lorsqu'un utilisateur télécharge ChatGPT ou Claude sur un smartphone Android, il obtient une application. Lorsqu'il utilise Gemini, il obtient une fonctionnalité du système d'exploitation. Cette asymétrie n'est pas anodine. Elle se traduit par des avantages concrets et profonds : Gemini peut être invoqué en maintenant le bouton d'alimentation enfoncé ou en disant « Hey Google ». Il peut lire l'écran, interagir avec d'autres applications et accéder à des fonctions système que les assistants tiers ne peuvent pas utiliser.
C'est précisément contre cette situation que la Commission européenne a décidé d'agir. Au cœur des préoccupations de Bruxelles se trouve Gemini. Sur les téléphones Android, l'assistant est préinstallé et bénéficie d'avantages au niveau du système que les services concurrents n'obtiennent pas. La Commission juge que cette configuration place les services d'IA tiers dans une position structurellement défavorable, et que l'interopérabilité est nécessaire pour que les utilisateurs puissent choisir les outils qui correspondent à leurs besoins sans perdre en fonctionnalités.
Les procédures de spécification du DMA : un mécanisme inédit
La démarche engagée par Bruxelles repose sur un outil juridique relativement nouveau, introduit par le Digital Markets Act : la « procédure de spécification ». Les conclusions préliminaires s'inscrivent dans des procédures de spécification ouvertes au titre du DMA le 27 janvier 2026, et elles arrivent au moment précis où Google achève la migration de Gemini comme expérience d'assistance d'Android pour plus de deux milliards d'appareils dans le monde.
Cette procédure ne consiste pas à sanctionner, mais à définir précisément comment une obligation légale doit être respectée avant que la non-conformité ne soit constatée et punie. En janvier, la Commission avait annoncé qu'elle s'attendait à envoyer à Google ses conclusions préliminaires et à décrire les mesures proposées dans les trois mois, puis à clore les procédures dans les six mois. Le calendrier a donc été respecté à la lettre.
Il est important de noter que ce dossier Android n'est pas le seul front ouvert. Le DMA impose deux obligations distinctes : d'une part, au titre de l'article 6(7), Google doit fournir aux développeurs d'IA tiers une « interopérabilité libre et effective » avec les fonctionnalités matérielles et logicielles d'Android qu'utilise Gemini. D'autre part, au titre de l'article 6(11), Google doit partager des données de classement de recherche, de requêtes, de clics et d'affichage anonymisées avec les moteurs de recherche concurrents et les fournisseurs de chatbots IA, à des conditions équitables, raisonnables et non discriminatoires. Ce second volet, relatif aux données de recherche, a fait l'objet d'une publication de conclusions préliminaires distincte le 16 avril 2026.
Ce que Bruxelles exige concrètement
Les mesures envisagées par la Commission sont détaillées et opérationnelles. Les mesures proposées permettraient aux services d'IA concurrents d'être facilement activés par les utilisateurs via un « mot de déclenchement » personnalisé (wake word), une phrase que l'utilisateur peut prononcer pour activer un service d'IA.
Au-delà de l'activation vocale, d'autres services d'IA pourraient, avec l'autorisation de l'utilisateur, accéder aux données locales de l'appareil pour des suggestions proactives, des résumés et une aide contextuelle. Les services d'IA tiers pourraient également contrôler les applications installées et les fonctionnalités système Android au nom de l'utilisateur. La Commission souhaite également que les développeurs tiers puissent accéder aux composants matériels nécessaires à l'exécution de modèles locaux avec de bonnes performances (GPU, NPU, accélérateurs) et que Google construise des API, fournisse une assistance technique, et propose l'ensemble gratuitement.
En pratique, cela signifierait qu'un utilisateur européen pourrait définir Claude ou ChatGPT comme assistant système par défaut, et que ces assistants pourraient interagir nativement avec Gmail, Google Agenda ou d'autres applications Google de la même manière que Gemini le fait aujourd'hui.
Voici un extrait du communiqué de la Commission :
« La Commission a transmis ses conclusions préliminaires à Google dans le cadre de la procédure de spécification engagée le 27 janvier 2026 en vertu de la loi sur les marchés numériques (DMA). Ces conclusions préliminaires décrivent les mesures que Google devrait mettre en œuvre afin de garantir aux tiers un accès effectif et une interopérabilité avec les fonctionnalités clés d'Android.
« Les mesures proposées visent à garantir que les services d'IA concurrents puissent interagir efficacement avec les applications sur les appareils Android des utilisateurs et exécuter des...
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